Les villas gallo-romaines de Montmaurin

Entre ruralité et urbanité

Qu'est-ce-qu'une villa ? Le terme latin villa désigne à la fois un système d’exploitation agricole d’origine italienne et une maison rurale bâtie en dur à l’image des monuments romains : pierre, brique, béton, toit couvert de lourdes tuiles. Ces demeures sont à l’opposé des fermes indigènes, moins connues et pourtant bien plus nombreuses, construites en matériaux périssables : bois, terre crue, chaume…
Durant le Haut-Empire, les villas sont à la fois des centres de production agricole, et des « résidences secondaires » de luxe pour les « élites » urbaines.

Restitution de la Villa La Hillère par Jean Claude Golvin, architecte archéologue de l'Université Montaigne de Bordeaux. 
 

La poésie bucolique célébrant les charmes de la vie rurale, est un stéréotype de la littérature latine depuis les poètes « Arcadiens » de la deuxième moitié du Ier siècle avant J.C. jusqu’au VIe siècle avec Ausone, Sidoine Apollinaire et Grégoire de Tours. Dans ce courant artistique multiséculaire, la beauté des paysages, l’eau vive, les dieux qui rendent la terre fertile, sont des thèmes récurrents. 

Ils se traduisent matériellement dans l’architecture et la décoration des villas de Lassalles et de La Hillère. Mais il y a un vrai paradoxe chez ces « élites » aristocratiques romanisées à célébrer intellectuellement la campagne, tout en voulant retrouver le luxe de la ville dans les domaines. 
 

Buste d'adolescent © Pascal Lemaître 

L’omniprésence de Vénus et les représentations très précises du mythe d’Adonis sculptées en ronde-bosse dans la cour dallée de marbre de l’aile thermale de Lassalles, révèlent une connaissance profonde de la culture classique. C’est aussi un hommage rendu à la Rome éternelle des Césars, car son fondateur mythique, Enée, exilé troyen, était le fils de la déesse. À la même époque, les lettres de Symmaque, préfet de la Ville (Rome), prouve la grande érudition de cette classe sociale toujours païenne et proche du pouvoir impérial.
 

Fragment d'un groupe sculpté représentant un torse de Vénus, le groupe sculpté représentait vraisemblablement la naissance d'Adonis. © Pascal Lemaître 

Au IVe et Ve sièclela vie rurale était très importante, la terre étant la principale source de richesse. La hiérarchie sociale de la société romaine reposait sur la propriété foncière, et davantage encore aux IVe et Ve qu’aux siècles antérieurs. . Les domini de Montmaurin appartenaient à la société de lettrés et fidèles à l’ancienne Rome, qui s’adonnaient à la réflexion et à l’étude depuis leur palais rural.

Des villas d’une richesse exceptionnelle

Organisation des villas 

Les sites archéologiques de Montmaurin se situent entre la ville de Saint-Gaudens et la vallée de la Save. À l’époque romaine, Lassalles et La Hillère étaient desservies par la route antique qui longeait la vallée de la Save depuis sa source sur le plateau de Lannemezan jusqu’à sa confluence avec la Garonne. 

La villa de Lassalles n’avait aucune fortification, aucune défense, mais une entrée monumentale encadrée par deux pavillons d’angle et une cour d’honneur d’où émergeait le toit du temple. Sitôt la cour d’honneur traversée, l’ami ou le « client » du dominus arrivait devant le seuil historique du domaine traité comme un arc de triomphe à trois baies.
Depuis le hall d’accueil, une perspective rigoureuse conduisait à la résidence seigneuriale surélevée comme un temple sur son podium. L’architecture romaine appréciait ces compositions axées, sur les forums impériaux de Rome par exemple.
À Lassalles, c’est le quartier du maître qui est mis en valeur et non un temple. Arrivé dans la galerie du grand péristyle, le visiteur voyait s’ouvrir sur sa gauche une autre perspective vers la zone thermale, équipement prestigieux de la villa et puissant élément de différenciation sociale. 
 

Vue aérienne de la villa gallo-romaine de Lassalles depuis le nord © Ludovic Fortin-TIMEDIA 

Autre caractéristique du plan de Lassalles : le goût pour la symétrie.
Deux espaces font exception à cette règle : le temple, dans la cour d’honneur, qui lui est antérieur, et l’aile thermale occidentale.
Celle-ci est placée au débouché de plusieurs sources des terrasses de la Save et elle a été construite à l’écart en raison des dangers d’incendie que représentait l’installation de plusieurs foyers dans ce type d’équipement. 

Villa gallo-romaine de Lassalles, aile thermale, galerie et cour du nymphée © Pascal Lemaître 

L’omniprésence de l’eau à Lassalles et surtout à La Hillère renvoie au monde méditerranéen. À l’eau utile, s’ajoute l’eau des plaisirs visuels qui devient un autre indicateur de grand luxe.

C’est à La Hillère que la vue sur l’eau fraîche et bouillonnante est la plus spectaculaire.
La résurgence est placée exactement dans l’axe de la grande salle de réception. La pars urbana de la villa de La Hillère et est entièrement bâtie autour de cette puissante source. 

Une occupation des villas à travers les siècles

Le début du IIe siècle semble avoir été la période faste de cette première occupation. Une longue période d’abandon de Lassalles aurait caractérisé, selon le fouilleur Georges Fouet, toute la première moitié du IIIe siècle et résulterait d’une crue dévastatrice de la Save.
La villa est de nouveau occupée vers le milieu du IIIe siècle, puis ravagée par un incendie vers 275-280. Elle est reconstruite au début du IVe siècle, vers la fin de la période constantinienne en 325-330.
Le dernier état de la villa, le plus luxueux et le mieux connu est celui que l’on visite aujourd’hui. Il aurait été mis en chantier vers 350.
La villa aujourd’hui ouverte à la visite parait appartenir aux IV-Ve siècles. Une mosaïque retrouvée dans une chambre, quelques tombes isolées découvertes dans les ruines, ainsi qu’un ossuaire fouillé dans l’autre chambre, placent l’abandon du site aux X-XIe siècles. 
 

Villa gallo-romaine de Lassalles, pavement de mosaïque dans une antichambre du logis d'été © Pascal Lemaître 

La villa de La Hillère a connu la période d’occupation la plus longue, attestée dès la période du Néolithique jusqu’au Moyen Âge, avec la présence de plusieurs bâtiments, dont une voire deux églises et un cimetière daté des XIII-XIVe siècles. Cette longue occupation s’explique par la source aux abords de laquelle la villa a été construite, et autour de laquelle un pèlerinage s’est développé au cours des siècles.  
 

"Montmaurin - Plan de la Villa Lassalles vers 350"
 

Les propriétaires des villas gallo-romaines 

Les propriétaires de la villa de Lassalles sont inconnus, bien que certaines hypothèses puissent être posées. Ainsi, l’abréviation LTA (prénom, nom, surnom), qui correspond aux trois parties de la dénomination latine classique, appelée tria nomina, a été retrouvée sur une quarantaine de fragments de tuile appartenant au dernier état de la villa, daté de la fin des IVe-Ve siècles.
Les mêmes lettres ont été retrouvées gravées après cuisson sur une amphore et un pichet par Georges Fouet. Cette abréviation pourrait donc constituer les initiales du nom d’un des propriétaires de la villa. 
 

Vue aérienne de la villa gallo-romaine de Lassalles depuis le nord © Ludovic Fortin-TIMEDIA

La proximité de Lassalles et de La Hillère et leur contemporanéité posent le problème de leur relation qui, bien sûr, a pu évoluer au cours des siècles.
S’agit-il d’un propriétaire unique ? De deux membres d’une même famille ? De simples voisins ?
En l’absence de preuves épigraphiques irréfutables, seules les sources littéraires permettent d’amorcer des pistes de réponse. Tous les scénarios sont possibles, y compris celui qui considère Lassalles comme un palais d’été, car les espaces ouverts sont vastes et les pièces chauffées étroites, et la Hillère comme une résidence d’hiver, car la grande salle de réception, qui atteint les 124 m2, est chauffée.

En savoir plus - Portfolio

MenuFermer le menu